29 avril 2025
★ Sélection DivinaÉté 1905. Henri Matisse, 36 ans, débarque à Collioure avec sa famille. Il invite André Derain. Ils vont peindre côte à côte pendant deux mois. Cet été-là, ils inventent le Fauvisme.
L’invention du Fauvisme
En 1905, la peinture académique domine encore. Les Impressionnistes ont certes brisé quelques règles, mais la couleur reste enchaînée à la réalité. Matisse arrive à Collioure épuisé, cherchant quelque chose qu’il ne sait pas encore nommer.
Ce que la lumière catalane lui offre, il le saisit immédiatement : une intensité qui rend toute tentative de reproduction fidèle absurde. Le bleu de la Méditerranée à Collioure n’est pas le bleu de Paris. Il est presque intolérable. Le rouge des toits, le jaune des murs, le blanc des voiles — tout est saturé, tout hurle.
Derain arrive en juin. Les deux peintres travaillent en plein air, côte à côte, parfois sur le même motif. Leurs toiles peintes cet été-là — La Fenêtre ouverte de Matisse, Le Port de Collioure aux bateaux rouges de Derain, La Barque décorée — bouleversent la peinture occidentale quand elles arrivent à Paris en automne.
Louis Vauxcelles, critique d’art, les qualifie de «fauves» (bêtes sauvages) au Salon d’Automne. L’insulte devient le nom d’un mouvement. Le Fauvisme est né sur les galets de Collioure.
Le sentier du peintre : mode d’emploi
La ville de Collioure a balisé 20 reproductions de tableaux — les chevalets — placées exactement aux endroits où les œuvres originales ont été peintes. Chaque chevalet montre la reproduction à taille réelle du tableau, face au motif réel.
Durée : 2 km, 1h30 en marchant doucement, 3h si vous prenez le temps de vous arrêter à chaque chevalet.
Accès : Gratuit. Départ depuis l’Office de Tourisme de Collioure (place du 18 Juin). Un plan papier y est disponible gratuitement.
Audioguide : Disponible en téléchargement sur le site de l’Office de Tourisme. Il commente chaque chevalet avec le contexte historique, la biographie du peintre et les conditions de création.
Chevalets emblématiques :
- Chevalet n°1 : Collioure, l’église de Derain — vue depuis le port sur l’église Notre-Dame-des-Anges
- Chevalet n°7 : La Fenêtre ouverte de Matisse — depuis l’emplacement de l’hôtel où il séjournait
- Chevalet n°12 : Le Port de Collioure de Derain — depuis le quai, bateaux en premier plan
- Chevalet n°18 : Les Toits de Collioure — panorama sur les toits roses depuis la montée du château
Ce que l’on voit vraiment
Le génie du parcours réside dans l’acte comparatif. Regarder la reproduction, lever les yeux sur le réel, chercher ce que le peintre a gardé, ce qu’il a transformé, ce qu’il a exagéré.
Derain a peint les barques en rouge intense alors qu’elles étaient marron. Matisse a aplati la perspective pour que la mer semble plus haute que dans la réalité. Ces «erreurs» sont des choix. Les voir en contexte, c’est comprendre pour la première fois ce que signifie la liberté de peindre.
La surprise : le paysage de Collioure n’a presque pas changé en 120 ans. Le clocher-phare est identique. La disposition du port, les couleurs des façades, la ligne d’horizon — tout est reconnaissable. C’est rare et émouvant.
Quand y aller
Le meilleur moment : octobre en fin de journée. La lumière d’automne à Collioure est la plus proche de ce que Matisse a cherché — chaude, longue, rasante. Les touristes ont disparu, les terrasses sont encore ouvertes, les commerçants ont le temps de parler.
L’été (juillet-août) est possible mais éprouvant : chaleur, foule, impossibilité de s’arrêter tranquillement sur les chevalets. La lumière de midi est trop dure pour les photos.
Avril et mai offrent une lumière douce, une mer encore froide mais des terrasses ouvertes. Idéal pour marcher sans transpirer.
Octobre et novembre sont notre recommandation absolue : mêmes couleurs qu’en 1905, sans la foule.
Prolonger la journée à Collioure
Le Musée d’Art Moderne de Collioure expose des œuvres de Matisse, Picasso, Dufy et de peintres catalans contemporains. Entrée payante, ouvert toute l’année. À 5 min du sentier.
L’église Notre-Dame-des-Anges : son clocher-phare iconique (visible sur des dizaines de tableaux fauves) est accessible. Intérieur baroque catalan avec des autels dorés spectaculaires — contrastes saisissants avec l’extérieur moderne de la baie.
La Rue des Templiers : la rue commerçante qui monte du port. Galeries d’art fauviste, ateliers de peintres locaux, boutiques de produits catalans. Les anchois de Collioure — conditionnés en salaison artisanale — sont un souvenir aussi valide que les reproductions de Matisse.
Déjeuner : La Balette pour une cuisine catalane gastronomique avec vue mer. Le Jardin de Collioure pour un repas à l’ombre d’un jardin intérieur calme. Réservation recommandée en saison.
L’expérience sensorielle
Marcher le sentier au coucher du soleil en octobre — c’est là que la lumière se rapproche le plus de celle que Matisse a captée. Les ombres s’allongent sur les galets, le clocher devient orange, la mer vire au rose-violet.
Puis s’asseoir sur les quais, un verre de Banyuls Blanc ou de Ratafia frais, regarder les barques. Comprendre que cette lumière-là, ils l’ont vue eux aussi, exactement ici, 120 ans plus tôt. Et que c’est pour ça qu’ils ont peint les barques en rouge.
Terminer sur la Rue des Templiers, galeries fauvistes, avant de reprendre la route vers le nord.
Retour à DIVINA
30 min de voiture par la D114, route côtière qui longe la côte Vermeille. On passe par Argelès, puis on retrouve la plaine du Roussillon et les premières lumières de Canet.
Retour à la suite DIVINA : jacuzzi au spa privatif, une lecture dans la chambre. La lumière du Roussillon reste dans la rétine longtemps après. Pour d’autres journées côte Vermeille, voyez notre guide Canet ou les criques secrètes.
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