11 mars 2025
Imaginez une longue table dressée en plein air, des barbecues fumants, et au centre, des bottes de longs oignons noirs que les convives saisissent par le pied, plongent dans une sauce orangée, lèvent en l’air pour les avaler d’un geste théâtral. Vous avez devant vous une calçotada — l’un des rituels gastronomiques les plus identitaires du Pays Catalan, célébré chaque hiver et printemps des deux côtés de la frontière. Voici comment la vivre authentiquement à proximité de Canet-en-Roussillon.
Qu’est-ce qu’un calçot ?
Le calçot est une variété d’oignon doux longuement enterré, qui produit une tige tendre et blanche de 25 à 30 centimètres. Originaire de la région de Valls en Catalogne sud (Tarragone), il a essaimé au nord à la faveur des échanges familiaux et culturels — aujourd’hui plusieurs maraîchers du Vallespir et de la Plana del Rosselló en cultivent.
La tradition de la calçotada remonte à la fin du XIXᵉ siècle. Un paysan de Valls, Xat de Benaiges, aurait inventé la technique : griller les calçots directement sur la sarmenteuse de la vigne, écaler la couche extérieure carbonisée, et déguster le cœur fondant trempé dans la salsa romesco.
La salsa romesco, sauce indissociable
Le romesco est aussi important que l’oignon lui-même. C’est une sauce épaisse à base de :
- Tomates rôties
- Amandes ou noisettes torréfiées
- Ail confit
- Pain frit
- Piment doux séché (nyora)
- Huile d’olive
- Vinaigre de vin
Tous broyés au mortier, jusqu’à obtenir une texture brique et veloutée. Chaque famille a sa version. À l’inverse de la rouille catalane, plus émulsionnée, le romesco est dense, rustique, presque granuleux.
Le déroulé d’une calçotada authentique
Premier service : les calçots
On en compte 15 à 25 par personne, parfois plus pour les gros mangeurs. Tous grillés au feu de sarments jusqu’à devenir noirs à l’extérieur. Servis enroulés dans du papier journal pour rester chauds, posés au centre de la table sur une tuile romaine.
Le geste rituel
Saisir le calçot par la base (la partie verte). Tenir entre pouce et index. Tirer la peau noire d’un coup sec — la tige blanche apparaît, fondante. Plonger dans le romesco. Lever la tête en arrière, ouvrir la bouche. Faire descendre.
Bavoir de plastique fortement recommandé : on se tache.
Deuxième service : la viande grillée
Une fois les calçots terminés, on enchaîne sur des viandes grillées au même feu : botifarra (saucisse catalane), côtes d’agneau, costellettes (côtelettes de porc). Servies avec haricots blancs et alioli.
Troisième service : le dessert
Habituellement la crema catalana (crème brûlée à la cannelle) ou des oranges et chocolat noir cassé en éclats, signature catalane simple et efficace.
Le vin
Vins jeunes du Roussillon ou vins du Priorat — quelque chose de gouleyant, légèrement tannique, qui tient face à la robustesse du repas. À éviter : les vins fragiles ou très complexes.
La saison du calçot
La calçotada se tient traditionnellement de janvier à mai. Les calçots sont à leur apogée gustatif de mi-février à mi-avril. Au-delà, ils deviennent fibreux, perdent leur douceur. Plusieurs domaines viticoles et restaurants organisent des calçotades en mars-avril, parfois ouvertes aux clients de passage sur réservation.
Quatre adresses pour vivre une calçotada authentique
À Saint-Cyprien (15 min de Canet)
Le Mas de l’Oli organise plusieurs calçotades en mars-avril, dans son mas en plein vignoble. Longue table partagée, ambiance familiale, prix modeste (autour de 35 € tout compris). Réservation impérative.
À Banyuls-sur-Mer (50 min)
Plusieurs domaines viticoles organisent des calçotades-dégustation combinées à une randonnée œnologique. Format premium, comptez 65-85 € par personne.
À Céret (40 min)
La Cerisaie propose en avril des calçotades en cour intérieure, avec accord vins du domaine voisin. Format intimiste (4 tables maximum). Réserver très tôt.
En Catalogne sud (1h30)
Pour la version originale, traverser la frontière vers Valls (province de Tarragone). C’est la capitale mondiale du calçot, qui célèbre sa Festa Major del Calçot chaque dernier dimanche de janvier — événement spectaculaire, foule familiale, tonnes d’oignons grillés.
Pour qui combine la calçotada avec une exploration plus large de la Catalogne sud, notre journée vers le Cap de Creus propose un autre itinéraire transfrontalier.
Faire sa calçotada chez soi : guide pratique
Acheter les calçots
Marché de Perpignan (place de la République, mardi-samedi) : un à deux producteurs catalans en proposent en saison. Comptez 6-8 € la botte de 25 calçots. Aussi : marchés de Céret, du Boulou, d’Argelès chaque semaine.
Le feu
Idéalement au bois de sarments ou à défaut au charbon de bois. Le gaz fonctionne, mais la fumée des sarments fait partie du goût.
La cuisson
Disposer les calçots côte à côte sur la grille, à feu vif. Les retourner une fois. Compter 8 à 12 minutes : ils doivent être noirs à l’extérieur, fondants à l’intérieur.
L’envelopper
Une fois cuits, les emballer dans plusieurs couches de papier journal non encré (vérifier !) ou de papier kraft. Laisser reposer 10 minutes : la tige finit de cuire à la vapeur.
Le service
Plat à présenter sur la table avec un bol de romesco par personne ou un grand bol au centre. Bavoir, doigts, rires.
Pourquoi cette tradition vous tiendra plus que vous ne pensiez
La calçotada n’est pas un repas, c’est un rituel collectif qui fait revenir au geste, au feu, à la matière. Dans une époque où la cuisine se décline souvent en cuillères et dressages, manger un calçot avec les doigts, en se tachant, en riant aux éclats, ramène à un fond commun — celui de la table catalane comme lieu de rencontre, où la convivialité prime sur la sophistication.
C’est aussi pourquoi la calçotada s’adresse particulièrement aux groupes (4-12 personnes) : couples avec amis, famille élargie, séjour entre cousins. Pour un format en duo, certains restaurants la proposent en formule réduite.
Combiner la calçotada avec votre séjour
Une calçotada se glisse particulièrement bien dans un week-end de mars-avril à Canet. Trois assemblages :
- Vendredi soir : dîner étoilé au Clos des Lys
- Samedi midi : calçotada au mas
- Dimanche : balade sur la côte ou randonnée vers Eus
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FAQ — La calçotada en Pays Catalan
Quelle est la saison pour manger des calçots ? De janvier à mai, avec un pic gustatif de mi-février à mi-avril. Hors saison, les calçots deviennent fibreux et perdent leur douceur.
Combien de calçots compte-t-on par personne ? 15 à 25 calçots pour un convive moyen, parfois davantage pour les gros mangeurs. Les calçotades en restaurant en proposent généralement 20 par personne en formule.
La calçotada est-elle adaptée aux enfants ? Très bien à partir de 6-7 ans. Les enfants adorent le côté ludique du geste — saisir, plonger, lever, ouvrir la bouche. Bavoir conseillé.
Combien coûte une calçotada en restaurant ? De 25-35 € par personne en formule familiale (Saint-Cyprien, Vallespir) à 65-85 € en formule premium avec dégustation de vins (Banyuls).
Existe-t-il des alternatives végétariennes ? La calçotada est en soi végétarienne au premier service (calçots et romesco). Le second service viandeux peut être remplacé par des légumes grillés sur demande.
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